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jeudi, juin 13, 2013

Interview de VanRah

      Lors de Geekopolis, j'ai pu découvrir une jeune artiste VanRah. Elle était en dédicace pour ses oeuvres dont Stray Dog. Cette jeune artiste a un style vraiment bien à elle et son propre univers. J'aime beaucoup son travail et je vous invite à le découvrir sur son site.

      Site de VanRah 

     







Voici une interview qu'elle a bien voulu m'accorder. Je remercie beaucoup VanRah d'avoir pris le temps de répondre à mes questions.  

                                                                                                     
-D'où te vient l'inspiration ?

J’adore le cinéma fantastique et horrifique. Et je suis passionnée d’architecture et d’Histoire, que ce soit vis-à-vis des contes, légendes urbaines, des coutumes mais aussi des codes et symboles relatifs aux cultures. J’ai essayé d’inclure tout cela dans mon style et dans mes histoires afin de faire partager ce que j’appréciais.
Ainsi, chaque illustration que je fais contient beaucoup de codes et de détails faisant référence à l’histoire du personnage comme à sa place dans l’histoire ou encore à ce qu’il est sensé devenir, un peu comme un résumé de sa condition.
Les illustrations les plus parlantes sont celles du jeu de tarot sur lequel je travaille depuis maintenant bientôt 3 ans et qui reprennent les personnages des séries Stray Dog, Karnival Gate et NeverenD dans lesquelles rien n’est placé au hasard, l’agencement du décor ou même le contenu de ce dernier véhiculent des informations qui font référence au personnage présent sur la carte, son relationnel aux autres dans l’histoire, sa condition, son évolution, le tout par l’intermédiaire de symboles plus ou moins cachés dans l’illustration.

Quelle est ton influence graphique et scénaristique ?

Je dirais avant tout cinématographique pour les deux. Je construits mes scénarios et les dessine encore une fois comme si j’avais entre les doigts la pellicule d’un film.
Chaque scène correspond à un plan de vue, une sorte de « screenshot ».

De manière générale, j’apprécie les énigmes et les récits au scénario complexes. Ainsi, j’essaye de faire en sorte que mes scénarios soient le plus riches possible, où rien n’est laissé au hasard et où chaque élément à son importance, ce qui permet au lecteur une double lecture : la première pour, j’espère, le plaisir, la seconde afin de mettre bout à bout les indices semés ici et là dans les décors, les attitudes des personnages, les dialogues et qui font référence à ce qui est arrivé, ce qui va se produire, au passé et au présent des personnages.

Ensuite, pour répondre plus précisément à la question de l’influence graphique, si bien sûr mon style a été influencé par des auteurs et dessinateurs assez hétéroclites (tant comics que manga), pour ma part, c’est encore une fois beaucoup le cinéma qui a modelé ma manière de dessiner, de présenter les choses, et là, je citerais avec beaucoup d’humilité, car je suis loin d’égaler leurs talents de conteurs, Guillermo del Toro, Tim Burton, Gerald McMorrow et bien d’autres encore.

Enfin, au niveau de mon registre, j’affectionne particulièrement le steampunk (pour les décors que cela permet de créer) et le traditionnel oriental (pour les beaux costumes).
J’aime marier les deux…. Parce qu’ils ne vont en général pas du tout ensemble.^^

- As-tu un attrait particulier vers le fantastique ?

Effectivement, j’adore tout ce qui se rapporte à l’inexpliqué et au fantastique parce que ça laisse la part belle à l’imaginaire (ainsi, les possibilités scénaristiques sont quasi illimitées).

En ce qui me concerne, j’aime bien encrer le fantastique dans un cadre réel tout à fait possible, souvent d’ailleurs basé sur des faits s’étant produits historiquement ou bien dans des décors, une époque qui ont existé ou existent encore. Ça me permet de poser une part de réalisme qui me sert alors à pouvoir donner l’illusion du « et pourquoi pas ? Pourquoi est-ce que ça ne se serait pas passé comme ça ? » toujours dans le but de donner des repères matériels au lecteur et ainsi pouvoir lui montrer ce que j’aimerais qu’il regarde.

Le fantastique me permet, quant à lui, d’agrandir le cadre de l’histoire.

-Quelles sont les différentes étapes de création d'un chapitre ?

En ce qui me concerne, je conçois mes séries comme des petits films dont chaque capture d’écran ou scène serait une case sur le papier. De même, au départ et pour chacune de mes séries, le scénario est bouclé de A à Z.
Je sais quels vont être les éléments majeurs et comment  j’aimerais les amener.

Pour moi, un chapitre n’est qu’une sorte de virgule dans un  texte, ça permet juste au lecteur de reprendre son souffle entre deux actions.

Ainsi, je commence un chapitre comme je commence un paragraphe : la taille du chapitre n’est jamais déterminée à l’avance. Je sais quand ça débute, mais pas quand ça s’achève. Le chapitre se fermera uniquement lorsque j’aurai pu placer les éléments que je voulais y inclure dedans. Et comme un texte, je retravaille souvent mes chapitres afin de coller au mieux à l’image que j’ai de l’histoire encore une fois, comme si je déroulais une scène jouée sur un écran.

Pour cela, je fais beaucoup de storyboards qui me permettent de placer les cases, les éléments importants qui devront être contenus dans les pages ainsi que les dialogues majeurs.
Ça me permet de positionner les éléments d’une page, de les recadrer si nécessaire au niveau des plans de vue et ainsi pouvoir retravailler à loisir des pans de l’histoire si besoin est tout en ayant une vue générale de ce qu’il s’y passera à l’intérieur.

Ensuite, lorsque le passage me convient, je le sketche (mise au crayon gris) et ensuite je l’encre pour enfin le tramer.

Enfin, lorsque pour moi un pan/paragraphe de l’histoire est achevé et que je pense pouvoir mettre un point à ce dernier, je boucle cette partie en lui apposant la couverture ou l’en-tête de chapitre.
Je fais donc mes couverture en dernier, afin d’avoir une vision d’ensemble de ce qu’elles devront résumer.

Comment qualifierais-tu ton style ?

Pour ma part, je suis née dans une famille où Batman et Superman étaient une « religion », donc c’est vrai que « je suis beaucoup plus comics » que « mangas » : en effet, le comic et plus à proprement parlé le comic US possède certains codes que j’affectionne particulièrement (scénarios fouillés pouvant être lus par un large public hommes ou femmes, des décors travaillés faisant penser à des prises de vue d’un film, et enfin des héros très proches de nous car avant tout des personnages ordinaires dotés de facultés extraordinaires.)
Du coup, j’ai vraiment essayé de reprendre ces points qui me semblaient très importants en soi, d’où le fait que j’adore dessiner des histoires avec des personnages « humains » et pourtant loin de l’être dans le fond, des  décors complexes et très encrés.
Quelques auteurs de manga ont quant à eux influencé mon style graphique (Kairi Shimotsuki, Miwa Shirow, Hiroyuki Asada, CLAMP et Yone Kazuki), et j’ai repris au genre ce qui m’intéressait le plus au niveau conception (découpage des cases se faisant dynamique, mode de colorisation plus travaillé que dans le comic.)
Du coup, mon style est un peu un pot-pourri de ce que j’appréciais le plus dans les deux genres.^^

On trouve toujours un côté un peu sombre dans tes œuvres, cela reflète-t-il une intention particulière ?

Hum…. Bien que le registre super girly ne soit pas spécialement ma tasse de thé, je crois…. Que le fameux « côté obscur » de la force n’est présent que pour donner une touche de réalisme à mes histoires.
 Je ne dessine pas des scènes violentes ou tragiques pour tomber dans le pathétique ou le sordide, loin de là. Pour moi, ce sont des éléments qui me permettent de véhiculer le message que j’aimerais transmettre ou montrer au lecteur, et malheureusement, si cela doit inclure un drame, alors ce dernier sera présent car nécessaire à la mise en place de ce qui va suivre.
Je prends autant de plaisir à dessiner des scènes légères et drôles que des scènes vraiment sombres et sanglantes car pour moi les deux ont leur nécessité au niveau du scénario. Je n’ai aucun parti pris pour mes personnages, j’essaye de rester le plus neutre possible car j’aimerais que le lecteur puisse se faire sa propre opinion sur les personnages, leurs choix et leurs actions. Je ne veux en aucun cas l’influencer, car je ne fais que montrer et raconter une histoire.
Le côté sombre reste pour moi le meilleur moyen de rester la plus proche de la réalité, même si cela peut paraître parfois cru ou choquant. Je pense que ça  oblige en un sens le lecteur à revenir sur certains points de l’histoire afin de réfléchir dessus.

Tes héros semblent très humains, cela sert-il à délivrer un message particulier ?

En effet. L’humanité et la tolérance, l’acceptation des différences sont des thèmes communs à chacune de mes histoires. Je suis loin d’être humaniste ou autre, mais c’est vrai que j’ai toujours été fascinée par la facilité de jugement que nous avons au sujet d’autrui, et avec quelle simplicité nous pouvons à loisir condamner quelqu’un parce qu’il n’est pas comme nous, que ce soit à cause de son apparence, sa manière de penser ou encore sa manière d’agir.

Ce rapport de force que nous entretenons les uns envers les autres et qui s’étend même au-delà de notre propre espèce est assez déroutant, et je voulais essayer d’y revenir dessus le plus possible sans pour autant, encore une fois, influencer le lecteur qui reste libre de son jugement sur la question de « qu’est-ce qui définit l’humanité d’une chose ou d’un être ».

Ainsi, les héros que je choisis ne sont ni beaux, ni exceptionnels en soi, et très souvent, ne sont même pas « humains » au sens propre du terme (souvent des lycans, des machines, des damnés, des sorcières, des pierres qui pleurent  etc…). Ce sont même le plus souvent des archétypes de freaks, ces bêtes de foire que l’on venait voir dans les cirques il n’y a pas si longtemps encore pour se rassurer et se dire « qu’il y avait toujours pire ailleurs ».

Cependant, ils ont beau être traités de monstres, ces créatures se révèlent bien souvent bien plus humaines que ceux qui se targuent de l’être.

En dernier lieu, je dirais… que , j’essaye de faire en sorte que chaque personnage soit le plus réaliste possible dans ses réactions et sa manière d’agir, afin de permettre au lecteur de s’identifier à eux.

Il n’y a aucun personnage gentil ou foncièrement méchant, chacun est présenté à un moment donné de l’histoire avec son passé, sa manière d’agir et de se comporter, le tout étant une résultante de l’histoire générale du personnage.

 - Quels sont tes futurs projets ?

Travailler avec Jim Lee sur le reboot 2.0 de Batman et Robin.
Je plaisante (même si ce serait le pied ultime ^///^)
Non, pour l’instant, je travaille sur 3 séries en même temps, NeverenD, Stray Dog et Karnival Gate, ce qui me prend pas mal de temps.
Si je travaille pas mal à l’étranger depuis quelques années que ce soit via NeverenD ou encore en tant qu’illustratrice pour des expos (Comic Fiesta) voire pour des œuvres de charité par le biais desquelles j’ai la chance de pouvoir collaborer avec des artistes fantastiques de toutes nationalités, c’est vrai que j’aimerais vraiment que mon travail soit un peu plus reconnu en France.
Avoir des titres publiés à l’étranger, c’est bien, mais…… Rien ne vaut de pouvoir discuter directement avec les personnes et dans sa propre langue.^^
Après, je souhaite que le plus de personnes puissent découvrir mes séries.  J’ai essayé de mettre dedans ce que j’affectionnais le plus niveau registres, backgrounds etc…  sans pour autant respecter de normes niveau genres (c’est autant des séries pouvant être lu par un public féminin, masculin, ado, adulte), donc si j’ai la chance qu’elles puissent être appréciées par le plus grand nombre alors ce serait formidable.^^

- As-tu un message ?


Juste…. J’espère que les gens prendront autant de plaisir à découvrir mes personnages et à suivre leurs (mes)aventures que j’en ai eu à les concevoir et dessiner.^^

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