samedi, novembre 05, 2016

Posted by : Loïc Poupou samedi, novembre 05, 2016

Lors du dernier Impact de Japan Expo, la maison d'édition Kotoji était présente. C'est à cette occasion que j'ai rencontré Pierre Sery co-créateur de la maison d'édition.







Voici l'interview :

- Pouvez-vous nous présenter la maison d'édition ? 
Je suis Pierre Séry je suis co-fondateur des éditions Kotoji qui sont plutôt connues pour  le label Asian District, qui est un label dédié à nos licences asiatiques, puisqu'à la base on est plutôt un éditeur de BD franco-belge, même si Kotoji c'est un nom plutôt japonais que l’on avait choisi pour notre amour pour le Japon. Asian District c'est un label qui publie des titres pour le moment qui viennent de Chine, Hong-Kong, Taïwan, avec des séries comme Blood&Steel, Crystal sky of yesterday, Dragon Axiom ou encore Oldman. On est distribué dans toute la France depuis 2012.
  - Comment choisissez-vous un titre ?

La société est divisée en deux parties, il y a les deux fondateurs, il y a moi-même et mon associé Pierre Nicolas Taillardat qui lui, est plus chargé de l’administratif et du financier. Je suis chargé de l'éditorial,  nous notre idée si on part vraiment de base sur Asian District, c'est de sortir des titres qui ont leur place dans le rayon manga des libraires. C'est-à-dire que, quand on parle de la bd chinoise, certains de nos concurrents ou même d'autres encore qui ont disparus aujourd'hui, ils avaient un problème c'est que la bd chinoise c'est une bd qui n'a pas en soi une vraie identité. Du coup, quand ils sortaient des titres, le libraire il ne savait jamais où mettre cela. J'ai fait vraiment un effort pour sortir des titres qui peuvent rentrer dans le rayon manga. D'autre part mon idée aussi est de montrer que dans ces pays là, on a des titres qui peuvent être d'une qualité équivalente à ce que l'on peut trouver au Japon. On va essayer de dénicher des perles, que ce soit du shônen, du seinen et peut être bientôt du shôjo.  Mais disons qu'on est dans une vision très subjective du responsable éditorial, c'est-à-dire moi même, des titres qu'on a envie de lire tout simplement. Après on attache une grande importance à la qualité graphique du titre et à leurs histoires. Je dirai comme tout le monde. Mais on est aussi confronté à des réalités économiques, pour nous il serait difficile de sortir une série qui a déjà 40 ou voir 50 tomes. Donc, on cherche aussi des titres plutôt cours, même si une série comme Blood&Steel  sera entre 30 et 40 tomes. Mais c'est juste parce que la série est géniale et que l'on a envie d'aller au bout des choses. 

   - Comparé à d'autres éditeurs vos sorties sont limités dans le mois, est-ce un choix ou il y a-t-il une raison ?

 C'est avant tout un choix car en ce qui nous concerne, nous sommes tous les deux des salariés à temps plein dans des activités qui nous prennent déjà beaucoup de temps. Du coup, plus on multiplie les sorties plus on doit travailler,  en l'occurrence moi avec Kotoji c’est mes nuits, mes week-ends, sachant que je ne dors que trois heures par nuit. Donc on a une limite physique qui s'impose en elle-même, d'autre part, on ne veut pas brûler les étapes. C'est-à-dire qu'à un moment on a choisi d'aller sur une niche bien particulière qui faisait de la bd de langue chinoise et pour pouvoir imposer des titres. Par contre, dans ce domaine là c'est quand même extrêmement difficile, du coup on essaie d'imposer petit à petit nos bd chinoises,pour que, à terme la qualité des titres que l'on sortira sera suffisamment reconnue pour que l'on puisse en sortir beaucoup d'autres ensuite. 

  - Quelle est l'évolution de votre ligne éditoriale ?

 Alors, déjà avec Kotoji on travaille avec plusieurs territoires, donc si on prend pays par pays : 
En Chine, on a une problématique qui est que c'est un pays censuré, qui censure ses artistes. Par conséquent, trouver des très bonnes histoires à l'internationale, c'est très difficile. Alors qu'on a des dessinateurs juste hyper talentueux, on a la chance de travailler depuis le début avec un auteur qui s'appelle Pocket Chocolate. Que l'on adore, mais aussi Nie Chongrui qui lui est l'auteur de La belle du temple hanté chez nous, mais qui est aussi connu pour sa série Juge BAO aux éditions Fei. Donc, nous on souhaite retravailler avec ces auteurs, on est en grande discussion avec Nie Chongrui par exemple. Mais avec Pocket Chocolate, en gros on a une sorte de contrat moral entre nous dans lequel Kotoji à un droit de préférence sur les titres parce qu'on est devenu juste des supers amis. Nous on a vraiment envie de mener une politique d'auteur, je prends un exemple d'un autre compteur chinois, Golo Zhao qui a fait La ballade de Yaya aux éditions Fei, qui a fait des sorties chez Casterman et Pika. On nous a proposé des titres de lui. Mais je n'ai pas envie d'être le cinquième éditeur qui passe derrière c'est pas dans ma politique de faire des choses comme cela. Nous ce que l'on veut c'est que l’on soit identifié par le travail que l'on fait avec des auteurs et ça c'est le côté formidable de la chose. 
Du côté de Taiwan, on est entrain de développer de plus en plus ce secteur là parce que c'est un pays qui n'a pas de limitation dans sa liberté d'expression. Avec des artistes qui sont nés depuis des décennies avec les codes du manga et c'est un vivier de talent et d'histoires exceptionnelles. Mais, on essaie dans un premier temps de proposer de la bd taïwanaises, avec des histoires qui sont plutôt universelles. C'est pour cela que le premier titre que l'on a sorti c'est Oldman, un titre médiéval, qui n'est surtout pas taïwanais. Par contre, on a montré au lecteur de quoi Taiwan est capable, on a fait Alice in Mechaland donc, une suite d'Alice aux pays des merveilles. C'est vraiment des titres assez universels, une fois qu'on aura réussi à imposer cela et pour le moment c'est entrain de marcher, on va essayer de proposer des titres qui seront et qui iront plus dans la culture taïwanaise. Comme l'ont fait les japonais finalement, mais cela prend du temps.
Et enfin du côté de Hong Kong, on a toujours la série Blood&Steel qui pour moi est ma série préférée et pour laquelle je suis très fier d'être l'éditeur français. En ce qui concerne de nouveaux titres, on est en discussion sur certains parce qu'alors il y a un petit, on va dire, réseau là-bas, d'auteurs d'inspiration manga parce que ce n’est pas forcément ce qui est majoritaire en termes de création. C'est plutôt des choses comme ce que l’on avait avec le Tigre et Dragon chez Tonkam à l’époque, qu'on voit majoritairement. Donc nous, on essaie de travailler avec ce groupe là pour essayer de faire émerger d'autres titres et notamment des titres dans le genre Seinen. 

  - Est-ce qu'il y a des problèmes pendant l'adaptation en français ? 

 Si, typiquement cela pose vraiment des problèmes donc on a un énorme travail d'adaptation à faire. Déjà parce que les chinois sont un peu cul cul la praline on va dire, dans leurs vies quotidiennes. Donc parfois quand on a des expressions pures, des sentiments vraiment exprimés de manière excessive,on est obligé de mesurer un peu les propos et de retravailler le texte. D'autre part je prends un exemple, le titre "That moment maybe", qui est un titre qui se passe dans le milieu de psychologie. Il faut savoir que les écoles et les concepts de psychologie en Chine ne sont absolument pas les mêmes que ceux qu'on a en France. Du coup, ça nous a demandé énormément de temps d'adaptation, on a travaillé avec une psychologue française du coup pour pouvoir adapter des termes, pour pouvoir vraiment encrer cela avec des termes qui soient compréhensibles par des vrais professionnels aussi de psychologie. Au-delà de ça, comme je le disais tout à l'heure, je pense qu'on a au départ des titres japonais avec leurs codes très japonais, un background très japonais. Cela a mis du temps à s'imposer dans le public, mais aujourd'hui tout le monde c'est ce que c'est du « kawai » et que le japon ne se résume pas au sushi et à Toyota. Et nous ce qu'il nous manque, avec la bd chinoise c'est d'être présent sur d'autres médias. Le jour où on aura peut être une adaptation en dessin animé, de l'un des titres que l'on fait et pour peu que ce titre puisse être connu en France peut être que là, on pourra peut être vraiment connaître un vrai succès. 

  - Est ce qu'à travers le fait de présenter quand même cette particularité de Chine ou de Taiwan, est-ce aussi une manière de faire connaître cette culture ? Par exemple, je pense à :  Comprendre la chine en bd.

 Tout à fait, parce qu'en même temps la Chine lorsqu’on en parle, on parle de la pollution, on parle de la censure, du parti communiste, des conflits avec le Japon, etcétéra... C'est un peu le péril jaune quoi. Alors certes c'est vrai, la Chine c'est cela. On ne peut pas le nier mais la Chine c'est aussi autre chose et à un moment nous, est-ce qu'on ne peut pas à notre petit niveau, essayer d'amener des lecteurs à avoir une autre vision plus complexe que celle qui est véhiculée globalement par les médias. Donc, je pense que dans ce sens on a aussi un rôle à jouer dedans et c'est aussi ce que l'on essaie de faire. 

  - Quand vous parlez de la censure, est-ce que du coup quand vous faites l'adaptation en français est-ce que l'auteur a quand même un droit de regard, un peu dans le sens vis à vis de la censure aussi ? 

Non parce qu'en fait la censure ne s'applique que lorsqu'on a une sortie sur le territoire chinois. Donc déjà dans tout les cas, la censure elle a déjà était faite en Chine, si elle a eu lieu. Mais je dirai que globalement de toute façon, ce sont les auteurs qui ce censurent eux-mêmes pour ne pas avoir de problèmes. Donc nous, là dessus on a jamais eu de soucis et je dirais même que de toute façon certains de nos auteurs chinois ne lisent pas le français. Donc, pour le moment on n’a pas eu de problèmes là dessus et on a jamais n'ont plus étaient infidèles aux textes qui ont été donnés par les auteurs. On garde l'esprit, on change certaines petites choses pour les adapter mais jamais on ne les mettra non plus en difficultés avec des titres qui pourraient être un peu délicats. 

  - Est-ce que vous pouvez nous faire un petit bilan?


 Alors Kotoji, c'est une boîte qui a été crée il y a cinq ans, par une bande de copains, on s'est dit qu’est-ce qu'on va faire si on veut faire nos propres titres. Puis, j'ai dit on crée une boîte, tout à commencé là. Après, ça n'a pas arrêté de grandir, on a  failli mourir deux, trois fois puis on a lancé Asian district. Et là d'un coup, on n’arrête pas de voir grandir notre chiffre d'affaire chaque année, on est bien parti pour cette année. Du coup, ça y est on commence enfin à être connu, les professionnels nous reconnaissent, les libraires aussi et ils nous font de plus en plus confiance. A tel point qu'on dépasse souvent les prévisions qu'on avait faites sur nos tirages, pour se retrouver avec des ouvrages qui se retrouvent en rupture de stock au bout de quelques jours, voire de quelques semaines. Donc, on est sur cette phase positive maintenant cela reste une société fragile, on est indépendant, on est petit, on est sur une niche dans le manga qui est en soit une niche, une toute petite niche. Maintenant ce que j'espère c'est que les concurrents qui font de la bd chinoise feront bien le boulot et qu'ils iront au bout de leurs séries, qu'ils sortiront des titres de qualité, et qu'ils montreront que dans ces pays là, on peut faire des très bons titres et plus on sera de monde à montrer qu'il y a des bons titres dans ces pays là, plus cela marchera pour nous de toute façon. 


Je remercie beaucoup Pierre Sery d'avoir bien voulu répondre à mes questions.

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